A SNOWLESS WINTER (Denmark, 2020)

© photo series by jm babonneau | www.babonneau.com

A SNOWLESS WINTER (Denmark, 2020)

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Signed & numbered (n/6 per 2 sizes) limited edition pigment art prints : 60 x 60 cm (incl. margin) and 50 x 50 cm on Hahnemühle archival paper 350 gsm, framed in natural wood frames under glass (type of glass chosen by you)Price discount via direct artist sale. Example: Archival print in 60 x 60 cm wood frame (with standard glass): 1999,- Dkr // 270,- Euros // 325,- US$ (+ shipping). Prints can also be acquired without frames and sent in protective cylinders.

Order via e-mail : babonneau@gmail.com

 

NOTE D’INTENTION
UN HIVER SANS NEIGE | A SNOWLESS WINTER

La série de photographies “Un hiver sans neige” créée aux alentours de Copenhague (dans sa banlieue nord et petites communes attenantes aux quartiers de villas résidentielles), au Danemark, en hiver 2020, contient plusieurs idées:

• le détournement créatif d’une application photographique sous système d’exploitation iOS pour iPhone, fonctionnant avec un algorithme initialement conçu pour numériser des documents physiques et tableaux blancs (“White Board”) à plat ou en perspective, que j’ai choisi d’utiliser dans un but inattendu: photographier l’architecture, les parcs et des scènes de rue dans différents quartiers du Grand Copenhague. La dégradation de la résolution de l’image et de l’espace colorimétrique crée une esthétique qui rend compte d’un hiver sans neige à Copenhague en ce début 2020 avec les images paradoxalement blanchâtres de la série qui peuvent donner l’illusion d’un espace urbain enneigé. Le titre “Un hiver sans neige” contredit délibérément la blancheur des images.

• Les scènes de nature apprivoisée dans les parcs des zones de banlieue, dans les rues des zones résidentielles et dans les cimetières, où les joggeurs courent, où les résidents font prendre l’air à leurs chiens, et où les mères se promènent avec leurs poussettes, deviennent quasiment des dessins où le “photographique” a été oblitéré de son préfixe “photo” en faveur de son suffixe “graphique”. Ce procédé inattendu, produisant directement ces images telles quelles, sans retouche ultérieure – à part la construction des diptyques et triptyques, pourrait sous-entendre que notre réalité quotidienne et banale peut apparaître différemment par l’intermédiaire d’un filtre “apocalyptique”, que nos routines quotidiennes pourraient être plus fragiles et précaires qu’on ne l’imagine. Un événement inattendu peut les bouleverser. Le réchauffement climatique, la fonte des glaces polaires ou le coronavirus peuvent tout à coup changer nos vies. Les images blanchâtres de la série peuvent être interprétées comme une métaphore de scènes contemporaines en train de se transformer en souvenirs nostalgiques, tout comme les paysages enneigés de mon enfance dans les années 70. La mémoire nous fait défaut avec l’âge et la réalité du passé se métamorphose en un vieux rêve idéal.

• Les montures diptyques et triptyques, où deux ou trois images sont en dialogue de manière presque invisible parfois, créent dans leur juxtaposition un nouveau paysage fictif, peut-être une réalité parallèle dans laquelle l’imagination peut circuler librement. Ces associations veulent produire des petits poèmes visuels. Cette femme au parapluie promenant un jeune enfant est surplombée d’une pluie d’énormes fruits rouges. Ce maître de chien n’a pas de reflet dans cette flaque. Ces troncs d’arbres coupés jouxtent les barrières de bois qu’ils deviendront peut-être. Ces panneaux de circulation minimalistes offrent un contre-poids ironique au foisonnement des arborescences naturelles, à la géométrie complexe et mystérieuse. Ces paysages blancs sont un simulacre d’hiver nordique, que la neige n’a pas recouvert de son manteau blanc. Est-ce le dérèglement climatique qui en est la cause ? La fin de nos civilisations modernes est-elle proche ? Ces images tentent d’évoquer un bouleversement latent qui peut remettre en question nos modes de vie. Ma démarche n’interroge pas vraiment le réel, comme le font nombre de photographes documentaires, je tente plutôt d’infuser un peu de poésie et de beauté dans le banal, dans la destruction et l’apprivoisement du végétal, de la nature, dans un monde privilégié qui reste souvent aveugle de ses privilèges dans l’amnésie des routines de la vie quotidienne. Je suis l’étranger qui arpente les rues et parcs d’un pays étranger où j’ai passé de nombreuses années et que je m’efforce encore de redécouvrir en remettant en cause mes propres habitudes et méthodes éprouvées dans ma pratique du médium photographique.

RÉFÉRENCES ARTISTIQUES

En termes de dégradation de la qualité de l’image en tant qu’esthétique, j’ai été fasciné par les premiers Xerox photo books (1964-1970) du photographe japonais Nobuyoshi Araki, alors en début de carrière. Ces images passées à la photocopieuse manquant de toner montrent des visages aux tons grisâtres et aux ombres délavées qui peuvent évoquer l’usure matérielle des images, la vanité de nos existences dont la mémoire des visages familiers s’érode et finit par disparaître avec le temps. Cet effet de quasi-solarisation peut aussi évoquer l’effet de radiation des bombes atomiques américaines que le Japon a vécu dans sa chair en août 1945. D’autre part, les images très graphiques de paysages urbains et industriels, de surfaces délabrées et de déchets du photographe danois Keld Helmer-Petersen (1920-2013) dont j’ai vu la rétrospective à l’automne 2019 au Musée National Danois de la Photographie à Copenhague m’ont aussi imprégné de leur beauté.

Ce processus, inhabituel dans mon propre vocabulaire photographique, m’a permis d’explorer un nouvel outil de création d’images, de redécouvrir la photographie de paysage et la “photographie de rue” (street photography), mais également la capitale danoise et ses environs où je vis depuis 17 ans, avec un regard neuf.

Jean M. Babonneau
Copenhague, 15 mars 2020